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Paris Fashion week 2020, la mode au digital, et des créations au rendez-vous

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On est passé sans transition d’une rêverie exotique à une fable homo-érotique, en passant par une parodie de western. Et le premier constat visible est que le storytelling prime bien souvent sur les vêtements.

 

Lanvin est allé tourner sa vidéo de fashion week dans la Drôme, plus précisément dans le Palais idéal du facteur Cheval, cet invraisemblable château qui semble sorti d’un film des studios Ghibli. Il a été construit par Ferdinand Cheval, un facteur rêveur et bricoleur au tournant du XXe siècle, et reste en France le meilleur symbole de l’architecture naïve. Sur une chanson des Cocteau Twins (Cherry-Coloured Funk), des mannequins surgissent entre deux colonnes de cailloux ou derrière une statue de loutre ; ils portent des blouses, des foulards, des costumes ajustés dans des tons pastel ou un blanc éclatant.

Au rang des manières les plus originales d’aborder cette fashion week digitale, citons Jun Takahashi et son label confidentiel, mais néanmoins respecté – voire carrément culte pour une poignée d’initiés. En plus d’un petit teaser vidéo, le Japonais a mis en ligne un lookbook interactif : chacune des 42 tenues de la collection a été immortalisée en 3D ; il suffit de cliquer sur l’une d’entre elles pour pouvoir la voir sous tous les angles. Mention spéciale aux vestes de costume déconstruites à coups d’épingle à nourrice, aux ensembles chemise-pantalon imprimés de fleurs et de têtes de statue et à la méthode, plutôt maline.

 

Saison après saison, l’Américain Spencer Phipps, fondateur de Phipps, se joue de la culture de son pays depuis Paris, où il vit. Compte tenu de l’exercice imposé de la vidéo cette fois-ci, l’occasion est trop belle de se moquer des westerns modernes. Le héros ? C’est lui, le créateur, évoluant dans un décor de Far West (le tournage a en fait eu lieu en Espagne), au gré d’un pastiche de bande-annonce. Son film imaginaire est intitulé Spirit of Freedom, et tous les clichés y sont : le verre au saloon, la partie de poker, la castagne dans le désert et les phrases-chocs en voix off comme « J’étais fatigué de fuir ». Et les vêtements, nous direz-vous ? Un poncho brodé d’un cow-boy au galop, un jean à empiècement de cuir façon pantalon de cavalier, une chemise imprimée de loups, une autre aux allures de carte postale, ambiance coucher de soleil sur les Rocheuses… A porter avec des pièces plus sobres. Et un peu de second degré.

Pour Dior, Kim Jones avait prévu un défilé, il se contente finalement d’un vidéo-reportage sur les coulisses d’une collection en collaboration avec l’artiste Amoako Boafo. Dans sa collection, le designer anglais transpose les tableaux de manière littérale ou métaphorique avec des techniques haute couture. En 2019, il a été frappé d’un « coup de foudre artistique » pour ce peintre ghanéen formé à Vienne qu’il a rencontré au Rubell Museum, à Miami, et qui peint des portraits colorés, explorant et célébrant les différentes perceptions de l’identité noire. Les silhouettes sont illuminées par du jaune fluo, du bleu et du corail, les imprimés évoquent les motifs graphiques d’Amoako Boafo. Les tissus reproduisent la structure complexe des tableaux en superposant des imprimés, de mailles et des motifs.

Un chassé-croisé de mannequins (hommes et femmes) dans un espace blanc, telle est la forme puriste choisie par le label parisien. La collection est conforme à ce que l’on pouvait en attendre : volumes oversized, tissus flottants, couleurs neutres. Le vestiaire des femmes inclut robes souples, manteaux stricts et jupes évasées ; celui des hommes, des vareuses et des ensembles chemise-pantalon à carreaux. Et celui qu’ils peuvent partager ? Des trenchs d’une légèreté surnaturelle, des pantalons à pli évasés, des chemises à poches et des vestes de costume nonchalantes, mais néanmoins dotées de tenue.

Chez Ludovic de Saint Sernin Le plan des slips accrochés ensemble à une branche est une ellipse relativement claire. A vrai dire, à part une chemise et un short en cotonnade bleu azur, aucun autre vêtement ne fait d’apparition dans cette rêverie de vacances, dont le titre est une question : « Do you love me ? » Et la réponse est plutôt oui.

La palme de la vidéo la plus déroutante du jour revient au créateur américain. Ses défilés sont toujours la promesse d’un spectacle un peu azimuté ; or, cette fois-ci, le décorum est étonnamment sage : la vidéo est une sorte de clip en noir et blanc montrant le musicien Moses Sumney en train de chanter torse nu, en jupe longue traversée de deux rayures. La collection, inspirée par les Jeux olympiques de 1924 et 1936 (c’est précis), est une ode au sport et à la grâce, d’après ce qu’en dit la maison – que l’on croit sur parole, car la jupe susmentionnée est tout ce que l’on en aura vu.




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