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Des soldats Camerounais condamnés pour assassinat suite à une vidéo diffusée sur les réseaux

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La scène, qui se déroulait à Zeleved, un petit village reculé de l’Extrême-Nord du Cameroun, proche de la frontière avec le Nigeria, avait été filmée par un soldat puis diffusée en juillet 2018 sur les réseaux sociaux, suscitant un tollé international.

 

Les autorités camerounaises avaient d’abord nié et dénoncé des montages manipulatoires au point d’assurer publiquement que les images provenaient du Mali… avant de finir par lancer une enquête. Le procès démarré le 20 janvier et maintes fois interrompu s’est tenu à huis clos. Un autre militaire a été condamné à deux ans de prison ferme, deux autres soldats ont été relaxés. Tous étaient jugés pour « assassinat », « complicité d’assassinat » et « violation de consigne ». Ils peuvent faire appel de ce verdict dans un délai de dix jours.

Dix ans de prison ferme. C’est la peine prononcée, lundi 21 septembre, par le tribunal militaire de Yaoundé contre quatre des sept soldats camerounais qui ont exécuté début 2015 deux femmes qu’ils soupçonnaient, sans preuves, d’être des complices du groupe djihadiste Boko Haram, ainsi que leurs deux enfants.

Parmi les condamnés, il y a le lieutenant de vaisseau Etienne Fabassou. Ce quinquagénaire a été désigné au cours de l’enquête comme le donneur d’ordre. C’est ce qui ressort des témoignages de ses soldats, interrogés en août 2018 par les enquêteurs. Ses hommes assurent à l’unisson lui avoir obéi. « Fabassou nous avait confié la mission d’aller les exécuter. J’ai fait le travail que je devais faire, en suivant les instructions de mon chef », avait déclaré le soldat Cyriaque Hilaire Bityala, alias « Tcho-Tcho ». Un autre tireur, Gorvo Barnabas Donossou, âgé de 25 ans au moment des faits, avait également expliqué avoir participé à l’exécution de ces quatre civils – dont une fillette et un bébé – sur ordre du lieutenant Fabassou.

Ces hommes ont été condamnés à dix ans de prison. Le premier pour « complicité d’assassinat » et « violation de consigne ». Les trois autres pour « assassinat » et « violation de consigne ». Le soldat Ntieche, qui avait filmé la scène d’exécution avec son smartphone, a été relaxé des charges d’assassinat, mais jugé coupable de « violation de consigne.

La guerre contre les djihadistes de Boko Haram lancée par le président camerounais Paul Biya en 2014, s’appuie sur un procédé dans lequel les différentes unités de l’armée s’appuient localement sur des collectifs de villageois. Ces comités de vigilance fournissent du renseignement, guident parfois les troupes en opération lorsqu’ils ne mènent pas eux-mêmes des interpellations. Néanmoins, le risque de ce procédé est les voir instrumentaliser cette guerre pour régler des comptes et renforcer leur autorité dans les villages, le plus souvent par la force, bénéficiant d’une certaine complaisance des autorités. Par ailleurs, la haine au coeurs des violence donne lieu à des exécutions dont les fondements peuvent s’avérer erronés.

Ce que l’on appelait communément Boko Haram, secte islamiste établie au Nigeria qui a mué en un mouvement djihadiste armé, s’est scindé en deux grandes factions en 2016 : Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati Wal-Jihad (JAS), dirigée par Abubakar Shekau, et la filiale ouest africaine de l’organisation Etat islamique (Iswap). Ces groupes opèrent toujours dans la zone du bassin du lac Tchad (Nigeria, Niger, Cameroun, Tchad), contribuant à entretenir la spirale de violence dans une région dévastée par la brutalité des belligérants à l’encontre des civils et économiquement exsangue.

D’ailleurs le principal accusé déclare ne rien regretté et avoir agit selon son devoir. « J’ai le sentiment d’avoir bien accompli ma mission contre ceux qui veulent envahir notre pays, car il s’agit d’une guerre ouverte »




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